Le syndrôme de la concierge

Cher Lang, chère pute,

C’est avec effroi que mes yeux tombent chaque semaine sur un hebdomadaire « pipole » ou sur une émission consacrée à cette nouvelle caste : la pseudo-célébrité jetable.
Oui, désormais la notoriété n’est plus un fait, c’est une aspiration. On rêve de devenir célèbre comme on rêvait de devenir danseuse ou pompier (ou un mélange des deux, mais on connait rarement le métier de stripper à 4 ans). Être connu, ou plus exactement reconnu dans la rue, est une fin en soi. La célébrité n’est plus seulement la conséquence d’une carrière, elle s’autosatisfait et pire, s’autojustifie. L’existence même de ces pseudo-célébrités repose sur la création d’avatars auxquels le lectorat peut s’identifier. La société de consommation a évolué au point de transformer des personnes (people, en anglais hein, pour les non-bilingues) en biens de consommation. Et l’hyperconsommation raccourcit le cycle de vie du produit. On en arrive au one-year-stand, l’équivalant du one-night-stand pour les plus chanceuses.
On en arrive aussi à se saouler à la nullité, overdoser de vacuité.

Ce qui est moche c’est d’appuyer le mythe de la télévision et des média comme ascenseur social. D’esthéticienne tu redeviendras esthéticienne. Souvenir ému pour Marine, alors que la deuxième saison de La Belle et ses Princes presque charmant débute ce soir en prime sur W9.

Là où est la supercherie, c’est que la presse people traite ces nouvelles pseudo-célébrités avec les mêmes outils que les plus grandes actrices. Les Unes se partagent entre Angelina Jolie et Moullouda de Secret Academy 15.
Je me suis demandé alors « why ? », c’est-à-dire en français, « pourquoi » ?

Mila Kunis en couverture de Public
Nabilla Benattia en couverture de Public

Bon, je ne vais pas vous fournir la réponse maintenant, puisqu’elle était présente dans le premier paragraphe. Ce serait un peu redondant et je déteste me répéter, bordel !
Pour faire vivre un magazine, il faut donc de la nouveauté et éviter les répétitions. Dans le cas des magazines pipole lu aux toilettes ou à la plage, quoi de mieux que du sang neuf ?
En élevant au rang de star « nos amis les people » on créé une actualité. On comble les rides du contenu éditorial, et on en repeint la façade aux couleurs de l’été « fluo pour nous rappeler notre adolescence ». Je parle bien d’actualité, et pas de contenu rédactionnel puisqu’un tabloïd est composé à 70% de visuels.
Mais cette actualité, créée on ne peut plus artificiellement n’est pas une réalité. C’est un rêve, un fatasme, une mystification.

Les mécaniques de captation du lectorat ne sont pas opaques. Au contraire, si on devait faire la psychanalyse de la gutter-press, le résultat serait aussi criant qu’un appel au « ça ». L’achat même d’un tel magazine est impulsif. C’est un « achat-plaisir », un « achat-bonheur ». Plus tu manges gras et sucré, plus tu jouis des papilles, plus tu vois du cul et du fluo, plus tu jouis des rétines.
Mon surmoi me pousse à avoir de l’esprit critique et à me moquer de ces starlettes (seriously, sideboob ?), tandis que mon « ça » satisfait ses pulsions voyeuristes.
C’est ce que j’ai appelé « le syndrôme de la concièrge ». Avec un public à 75% féminin recherchant l’oubli de sa condition (stress au travail, vie personnelle, famille etc.), l’intérêt pour tout ce qui permet d’y échapper trouve sa cartharcis dans l’observation du mode de vie de ses congénères. Qu’il procure du rêve ou au contraire partage des secrets intimes donc forcément honteux, c’est le fantasme de la vie des autres car bien que présenté comme des faits quotidiens, leur vie est par définition en-dehors du réel.

C’est une boucle infinie !

David Hasselhoff en boucle infinie

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2 réponses à “Le syndrôme de la concierge

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